"
bonsoir... je voudrais un numéro 109 et deux 245. Oui, pour une personne..."
Au
téléphone avec ce traiteur chinois, j'ai tout d'un coup
l'impression d'être dans une scène de "
L'amour sans préavis". Alors
naïvement, je m'approche de la fenêtre sans lâcher le combinet, dans l'espoir que surgisse au coin de la rue
Hugh Grant, qu'il sonne a ma porte et vienne me
mumurer "
I'm in love with you" et que je puisse répondre tout naturellement "
I'm in love with you too" et que s'en suive le baiser le plus
parfait du monde:
passionné,
romantique,
inattendu.
Seulement voila, dans la réalité,
c'est pas comme ça.
Je ne suis pas
Sandra Bullock, même pas un petit peu, et je sais très bien que
l'amour-de-ma-vie ne viendra pas se déclarer chez moi, pendant que je suis en train de commander mon dîner.
Mon traîteur s'
impatiente "
ce sera tout?" . Je l'avais presque oublié "
oui, merci".
J'en viens à penser que les
larmes qui nous échappent devant ces comédies romantiques ne viennent peut-être pas de notre admiration, mais sûrement de notre
conscience que dans la
réalité, ça n'arrive jamais.
C'est du mensonge sur pellicule.
Les acteurs, ils
s'ennuient. Ils sont là pour l'argent.
Le baiser est
faux, fabriqué de toute pièce. Et Hugh Grant
répète une fois de plus son beau discours sur l'amour qu'il commence a savoir par coeur. Sandra Bullock est
faussement touchée, et au fond d'elle, elle pense à la jolie paire chaussure hors de prix qu'elle a vu sur la cinquième avenue et qui feraient palir de rage ses concurrentes au prochain
regardez-moi-awards.
Et nous on
rêve devant ça.
Parce que c'est peut-être tout ce qu'il nous
reste..